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Tambours de Brazza

Les pays du bassin du Congo, en Afrique centrale, poumon continental des musiques diverses propulsées par la Rumba congolaise disposent depuis quelques années sous l’impulsion et la houlette de l’UA (union Africaine) d’un des grands festivals de musique africaine : le FESPAM (Festival Pana-Africain de la Musique) qui se déroule tous les deux ans simultanément à Kinshasa et Maya Maya (Brazzaville) et qui dispose de tous les atouts pour devenir le lieu de prédilection pour les professionnels et programmateurs (trices) avertis (es) des musiques africaines, notamment la Rumba congolaise (la sœur de la musique cubaine) dans toutes ses déclinaisons, FEMOCA est le regroupement d'artistes et musiciens issus des pays du Bassin du Congo ( Afrique centrale) dont nombreux sont installés en Europe (France) où ils exercent leurs talents, certes en toute humilité et professionnalisme notamment pour les guitaristes. Car, la guitare est un instrument essentiel dans la Rumba congolaise. FEMOCA est leur invite aux programmateurs (trices) des scènes nationales et festivals de ne plus simplement « oser » les programmer, mais de les considérer comme acteurs majeurs à part entière dans l’expression de la musique sans frontières, de la culture universelle partagée.

Bien que disposant de leurs « ingrédients » respectifs, la musique et la peinture font appel à une langue visuelle pour s’exprimer et un langage parlé, parfois codé, pour s’extérioriser. Ce sont des facultés qui leur permettent d’aller à la rencontrer d’autres cultures. C’est ainsi pour les musiques africaines, en général, et la Rumba-Salsa, en particulier ; car dans son évolution depuis l’Afrique noire, son berceau originelle, jusqu’aux pays d’Amérique latine, il y a eu une rencontre émotionnelle et fusionnelle avec la langue et la culture françaises.

« Festives Musiques Originaires du Continent Africain »

Arsenio Rodriguez

Tout le monde s’accorde pour reconnaître que les « Charangas Francesas », c’est-à-dire, les orchestres français du 19ème siècle, ont contribué de manière décisive à la musique afro-caribéenne. Ce type d’orchestre, très en vogue dès les années 1920, était composé de certains instruments à vent, comme la flûte, qui jouait un rôle central, mais aussi les violons et violoncelles, une section rythmique avec cymbales, congas, guïro, basse et piano. Au-delà de ces instruments, plusieurs chanteurs formant « la ligne d’attaque » interprétaient un style particulier appelé le danzón, style qui était longtemps considéré comme étant la danse nationale de Cuba. Style qui, aux fondements français venant de la « Contredance » ou de la « Country dance » anglaise, va vite conquérir la France et une grande partie de l’Europe.

En 1684, Isaac d’Orléans, un maître à danser anglais, enseigne la « country dance » aux princesses, à Fontainebleau. Peu de temps après, André Lorin, également maître à danser part en Angleterre pour apprendre ces danses qui rencontrent un succès grandissant en France. Dès lors, cette danse devenue « contredanse » en France, se fait un chemin dans l’aristocratie hexagonale pour atteindre une grande popularité. Ce succès va durer tout le XVIIIème siècle, restant encore à l’honneur sous le Consulat.

Naturellement, il faut aussi souligner que d’autres danses d’origine française comme le rigodon influenceront la musique cubaine. D’ailleurs, une chanson d’un disque de l’Orquestra Elio Reve « Epoca de Oro » s’intitule tout simplement « Rigodón », dans laquelle les chœurs reprennent « Juan Ramón baila Rigodón ». Et l’on retrouvera également le rigodon à Porto Rico dès les années 1830. Bien plus tard, la contredanse s’imposera finalement à Cuba en se transformant d’abord en « Contradanza » et en « Danza », avant de se transformer enfin en « Habanera ». De ce point de vue, deux explications permettent de situer l’origine réelle de la contradanza : certains disent que la créolisation s’était opérée à Saint Domingue, avant même l’exil des réfugiés. Par contre, d’autres affirment qu’elle a eue lieu à Cuba, après leur arrivée.

La Contradanza est constituée de quatre mouvements : « paseo, cadena, sostenido, et cedazo ». Les deux premiers mouvements étant lents, le sostenido et le cedazo sont, en revanche, plus vifs. Le paseo, figure lente de la contradanza, est l’ensemble des déplacements des danseurs et danseuses le long de deux lignes en couloir. Les couples vont effectuer des changements de place le long de ce couloir en effectuant les pas et figures de la danse, et en parcourant chaque position de manière similaire à la contredanse anglaise.

Palo Congo

La structure rythmique de la contradanza, par exemple, est basée sur un rythme syncopé et asymétrique appelé le quintolet en français, ou "cinquillo". Beaucoup pensent à tort que les rythmes de la contradanza ont suivi un chemin allant de l’Afrique à Saint Domingue, avant de rejoindre Cuba. En réalité, tout indique que le chemin a été plutôt France, Haïti, Cuba.

Quant à la Rumba (hispanisation du mot koongo Nkumba=Nombril) dite congolaise, qui doit beaucoup à Cuba, elle a fait le parcours inverse, notamment à travers des musiciens français, et tout particulièrement Tino Rossi, par exemple, qui a beaucoup influencé Kallé Jeff dans sa manière de chanter ses textes dans son orchestre African-Jazz. Sans bien entendu omettre l’apport de Paul Kamba, le véritable père de la Rumba congolaise moderne ni, encore moins, minimiser son œuvre. La lutte dans les années 60 pour leur indépendance (octroyée) des colonies notamment françaises et belges se déroule au rythme du cha cha cha. En effet les modèles cubains ont largement influencé particulièrement les musiques modernes d'Afrique, à commencer par la rumba congolaise comme l’a si bien souligné François-Xavier GOMEZ dans ses écrits : les liens avec Cuba sont [fortement] culturels et aussi politiques

Par ailleurs, aujourd’hui, on se rend compte que le mouvement historique a une tendance à la répétition en raison du grand brassage des cultures. Il est à observer que les artistes africains, en général, et congolais, en particulier, se sont toujours aussi servis de la langue française pour enrichir leurs œuvres. C’est ainsi qu’ils contribuent à favoriser le partage et le brassage des cultures par la musique comme lien social mais aussi comme un outil d’intégration.

Mais une mauvaise organisation et une incompréhension de la part des acteurs et promoteurs, notamment des médias, de la musique et l’Art africains les ont confinés dans une marginalisation inacceptable.

On constate que, plusieurs artistes africains vivent dans la ghettoïsation et se voient purement et simplement exclus de la plupart des grandes scènes nationales, des salles conventionnées et des festivals. Puisqu’ils ne sont, d’une manière générale, qu’occasionnellement programmés dans un cadre restrictif et exclusif de la « musique du monde » pour servir de touche exotique.

C’est pour participer à la correction de cette perception et pour répondre à l’attente en particulier de ces artistes, qui ne peuvent à la fois être au four et au moulin, que s’est créée la structure associative dénommée « Festival de Musiques Originaires du Continent Africain » ; en abrégé : FEMOCA, dont l’un des leitmotiv est aussi de faire connaître les cultures musicales de plus en plus métissées.

Mundanda

Nous rappelons, avec insistance, que FEMOCA se veut une expression libre se basant sur une logique de politique culturelle revendiquant la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles adoptée en 2005 à l’Unesco et applicable depuis le 18 mars 2007. Convention qui "réaffirme le droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en œuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire" et de "promouvoir le respect de [cette] diversité et la prise de conscience de sa valeur aux niveaux local, national et international".

FEMOCA fait sienne le point de vue de Bertrand Aubonnet, qui pense que : « tout ce que l’on fait pour les produits de l’agriculture [toute proportion gardée], on peut le faire sur ceux de la culture ». Ceci pour attirer l’attention des intervenants des pays développés que les artistes africains subissent plus gravement encore la crise de l’industrie du disque avec pour conséquences immédiates le péril du renouvellement des créations et de la diversité culturelle.

Ceux et celles qui s’intéressent aux créations musicales africaines admettent qu’il incombe aux artistes, en grande partie de s’initier et maitriser les moyens comme l’informatique, outil qui permet l’utilisation des formes moderne d’expression, afin d’accompagner la propagation du progrès, et l’évolution des esprits par l’accès aux techniques et à la science pour la maîtrise totale de leurs destins et la recherche permanente.

La musique ne doit pas seulement être outil de divertissement, il participe à l’éducation et permet avec d’autres moyens et éléments constituant de la culture de s’approprier l’héritage culturel, - d’une part – et de permettre aux autres peuples du monde de mieux connaître, d’apprécier la musique d’ailleurs, notamment africaine en participant à sa présentation dans les manifestations comme les festivals - d’autre part -., elle doit en tant que création de valeur, englober les données positives du monde moderne , notamment , le développement économique et sociale harmonieux.

Nico Kasanda

Enfin, FEMOCA s’inscrit aussi dans une logique de faire connaître et partager, chaque année, les cultures du monde dans une dynamique durable. De ce fait, il entend collaborer avec les structures de formation aux métiers du spectacle pour les stages nécessaires à l’acquisition des connaissances partagées entre les intéressés de tous horizons.